La réponse courte est simple : oui, une même femme peut recevoir plusieurs de ces diagnostics. En revanche, on ne sait pas encore si ces associations sont réellement plus fréquentes que dans le reste de la population, ni si elles reposent sur des mécanismes communs.
La recherche commence à regarder. Et pour une fois, la question n'est plus complètement ignorée.
Un rapprochement entre le lipoedème, l'endométriose et le SMOP (SOPK)
Le lipoedème est une maladie chronique qui touche presque exclusivement les femmes. Il se caractérise généralement par une augmentation disproportionnée et symétrique du tissu adipeux des jambes, parfois des bras, accompagnée de douleurs, d'une hypersensibilité au toucher, d'une sensation de lourdeur et d'ecchymoses faciles.
Les pieds et les mains sont habituellement épargnés. Cette particularité aide à le distinguer de certaines formes d'obésité ou de lymphoedème, mais le diagnostic ne repose pas sur un signe isolé. Il est clinique : le médecin s'appuie sur l'histoire de la patiente, ses symptômes, l'examen physique et l'élimination d'autres causes possibles (Assurance Maladie, 2025).
Le consensus international publié en 2026 rappelle qu'aucun examen sanguin, génétique ou d'imagerie n'est actuellement validé pour confirmer à lui seul un lipoedème. Il souligne aussi que la prévalence réelle de la maladie reste inconnue et que de nombreuses affirmations reposent encore sur des données de qualité limitée.
Kruppa et coll., 2026
Un élément intrigue néanmoins les chercheurs depuis longtemps : les premiers symptômes ou leur aggravation sont souvent rapportés autour de périodes de changements hormonaux, comme la puberté, la grossesse ou la ménopause. Cela suggère une influence du contexte hormonal. Cela ne signifie pas qu'un excès général d'oestrogènes a été démontré, ni qu'un dosage hormonal permettrait d'expliquer le lipoedème.
C'est à partir de cette différence essentielle que l'on peut examiner les rapprochements avec l'endométriose et le SMOP.
Peut-on avoir un lipoedème et une endométriose ?
Oui. Les deux diagnostics peuvent coexister. Mais cette coexistence ne suffit pas à prouver que l'une des maladies favorise l'autre.
L'endométriose se caractérise par la présence de tissu semblable à l'endomètre en dehors de l'utérus. Elle peut provoquer des douleurs pelviennes, particulièrement pendant les règles, des douleurs pendant les rapports sexuels, à la miction ou à la défécation, ainsi que des difficultés de fertilité. L'intensité de la douleur ne correspond pas nécessairement à l'étendue des lésions (Assurance Maladie, 2026).
En janvier 2026, une revue de portée a réuni 25 études consacrées aux relations entre lipoedème, endométriose et autres maladies gynécologiques. C'est la première synthèse directement centrée sur cette question.
Les études portaient principalement sur des femmes atteintes de lipoedème. Parmi elles, environ 4,2 % avaient une endométriose confirmée. Les symptômes gynécologiques étaient cependant beaucoup plus souvent rapportés : plusieurs études faisaient état de douleurs pelviennes, et dans une cohorte allemande de 860 femmes atteintes de lipoedème, 43 % signalaient des douleurs menstruelles importantes ou une aggravation de leurs douleurs au cours du cycle.
Viana et coll., 2026
Ces chiffres proviennent de plusieurs études et de groupes de femmes différents. Ils ne peuvent donc pas être comparés directement. Les participantes provenaient souvent de centres spécialisés, où les formes plus symptomatiques et les cumuls de maladies peuvent être surreprésentés. Les méthodes de diagnostic variaient d'une étude à l'autre. Toutes les femmes n'avaient pas bénéficié d'une évaluation gynécologique standardisée. Enfin, une douleur pelvienne ou menstruelle peut avoir plusieurs causes et ne constitue pas un diagnostic d'endométriose.
La revue ne permet donc pas de calculer la prévalence réelle de l'endométriose chez les femmes atteintes de lipoedème. Elle ne démontre ni cause commune ni lien de causalité. Elle met surtout en évidence un décalage : beaucoup de symptômes gynécologiques sont rapportés, mais ils ont rarement été recherchés de manière organisée dans les études sur le lipoedème.
Autrement dit, il existe un signal qui mérite d'être étudié. Pas encore une réponse.
Peut-on avoir un lipoedème et un SMOP (anciennement SOPK) ?
Oui, là encore, les deux diagnostics peuvent coexister.
Dans une étude italienne publiée en 2024, portant sur 360 femmes ayant reçu un diagnostic clinique de lipoedème, 17,1 % présentaient également un SOPK, contre une fréquence de référence de 10 % retenue par les auteurs. Mais une étude antérieure citée dans ce même travail n'en retrouvait que 5,7 % parmi 209 femmes atteintes de lipoedème.
Patton et coll., 2024
Cet écart est important. Il montre que les résultats dépendent fortement des populations étudiées, des critères retenus et de la manière dont les diagnostics sont recherchés.
Une revue récente des comorbidités du lipoedème confirme que le SMOP apparaît régulièrement dans certaines cohortes. Elle rappelle toutefois que la présence répétée d'une maladie dans des groupes spécialisés ne signifie pas nécessairement qu'elle est plus fréquente que dans la population générale. Les études comparatives directes restent rares.
Fiengo et Sbarbati, 2026
La conclusion est donc proche de celle concernant l'endométriose : le cumul existe, mais l'association statistique et biologique n'est pas encore démontrée.
Pourquoi la recherche commence-t-elle à rapprocher ces maladies ?
Le lipoedème, l'endométriose et le SMOP restent trois maladies différentes. Elles n'affectent pas les mêmes tissus de la même manière et ne se diagnostiquent pas avec les mêmes critères.
Mais des maladies différentes peuvent mobiliser certaines voies biologiques comparables sans avoir la même cause. C'est précisément ce que la recherche commence à explorer.
Le contexte hormonal
L'endométriose est une maladie influencée par les hormones sexuelles. Le SMOP implique plusieurs perturbations endocriniennes, notamment autour des androgènes, de l'insuline, de la fonction ovarienne et des signaux neuroendocriniens.
Dans le lipoedème, l'influence hormonale est plausible, notamment en raison de son caractère presque exclusivement féminin et de son évolution fréquemment rapportée autour des étapes de la vie reproductive. Une revue systématique publiée en 2026 a identifié quinze publications consacrées aux hormones et au lipoedème. Elle retient plusieurs hypothèses impliquant le métabolisme local des oestrogènes, leurs récepteurs, certaines adipokines et d'autres signaux métaboliques.
Lüchinger et coll., 2026
Cela ne permet pas de regrouper ces maladies sous l'étiquette d'un même « dérèglement hormonal ». L'expression serait trop vague et laisserait croire qu'un déséquilibre unique a été identifié chez toutes les patientes. Ce n'est pas le cas.
La formulation la plus juste est donc celle de maladies dont certains symptômes ou certaines évolutions peuvent être influencés par le contexte hormonal, selon des mécanismes différents et encore inégalement documentés.
L'inflammation, la fibrose et la transformation des tissus
Dans l'endométriose, l'inflammation locale, l'activité de certaines cellules immunitaires et la fibrose autour des lésions sont bien documentées.
Dans le lipoedème, les chercheurs étudient également des modifications du tissu adipeux, de la matrice extracellulaire, des petits vaisseaux et de certaines cellules immunitaires. Mais l'inflammation observée ne semble pas se résumer à celle de l'obésité, et tous les travaux ne retrouvent pas la même signature.
Parler simplement d'une « inflammation chronique commune » serait donc trompeur. On peut dire que des processus inflammatoires et fibrotiques sont étudiés dans les deux maladies. On ne peut pas encore dire qu'ils sont identiques ou qu'ils proviennent d'une même anomalie.
Le SMOP ajoute une autre dimension : celle du métabolisme. Selon les profils, l'insulinorésistance, l'hyperinsulinémie ou certaines modifications du tissu adipeux peuvent participer à l'expression de la maladie. Là encore, une proximité de vocabulaire ne démontre pas un mécanisme partagé avec le lipoedème.
La douleur et la piste neuro-immunitaire
Une autre piste concerne la manière dont les nerfs, les cellules immunitaires, les hormones et les tissus interagissent pour produire et amplifier la douleur.
Une revue narrative publiée en juillet 2026 propose un modèle neuro-immunitaire reliant certains mécanismes observés dans l'endométriose à des mécanismes plausibles dans le lipoedème. Les preuves directes sont beaucoup plus solides dans l'endométriose. Dans le lipoedème, plusieurs éléments restent hypothétiques, notamment l'organisation précise des interactions entre les nerfs et les cellules immunitaires (Viana et coll., 2026).
Les auteurs le précisent eux-mêmes : ce modèle sert à formuler des hypothèses testables. Il ne démontre pas une origine commune et ne constitue pas une recommandation de traitement.
C'est néanmoins une piste importante, car elle permet de poser autrement une question souvent mal comprise : pourquoi l'intensité de la douleur ne correspond-elle pas toujours à ce que les examens montrent ?
Est-ce que la recherche s'en occupe vraiment ?
Oui, mais très récemment. La première revue directement consacrée aux relations entre lipoedème et maladies gynécologiques n'a été publiée qu'en 2026. Les modèles sur la douleur neuro-immunitaire sont encore plus récents. Le consensus international sur le lipoedème rappelle lui-même que plusieurs de ses affirmations reposent sur un niveau de preuve faible et que la standardisation des diagnostics reste une priorité.
Que faire quand on pense cumuler lipoedème, endométriose ou SMOP ?
Il n'est pas nécessaire d'arriver chez un médecin avec une théorie biologique complète. Ce qui l'aidera le plus, c'est une description précise des symptômes et de leur retentissement.
Pendant quelques semaines, il peut être utile de noter :
- où se situe chaque douleur
- son intensité sur une échelle de 0 à 10
- son évolution au cours de la journée
- son éventuel lien avec le cycle menstruel
- les règles douloureuses, abondantes ou irrégulières
- les douleurs pendant les rapports, à la miction ou à la défécation
- la lourdeur des jambes, la douleur au toucher et les ecchymoses
- les changements de pilosité, l'acné ou la chute de cheveux
- les traitements commencés ou arrêtés et les changements observés
- l'impact sur le sommeil, le travail, les déplacements et la vie sociale
Le médecin traitant peut aider à organiser les premières démarches. Selon les symptômes, une orientation peut être proposée vers un gynécologue ou une sage-femme formée à l'endométriose, un endocrinologue, un médecin vasculaire ou un professionnel connaissant le lipoedème.
Pour l'endométriose, l'échographie pelvienne spécialisée constitue un examen de première intention. Une IRM peut être proposée lorsque l'échographie est négative, douteuse ou non réalisable. Un examen normal ne suffit pas toujours à écarter toutes les formes de la maladie.
HAS, recommandation actualisée en 2025
Pour le lipoedème, aucun bilan sanguin ou examen d'imagerie ne remplace l'évaluation clinique. Des examens peuvent néanmoins être demandés pour rechercher d'autres causes ou des maladies associées.
Si les symptômes sont minimisés sans examen, sans explication et sans proposition de suivi, demander un second avis est légitime. Un second avis ne garantit pas un diagnostic particulier. Il permet d'obtenir une nouvelle évaluation, idéalement auprès d'un professionnel habitué à la maladie suspectée.
Enfin, un symptôme attribué à un traitement hormonal mérite d'être documenté et discuté. Il ne justifie pas d'arrêter seule une contraception ou un autre traitement. Les effets hormonaux sur le lipoedème restent insuffisamment étudiés et peuvent varier d'une personne à l'autre.
Ce que l'on peut retenir
Ce qui est établi : le lipoedème, l'endométriose et le SMOP sont trois maladies distinctes qui peuvent coexister chez une même femme.
Ce qui est observé : certaines cohortes de femmes atteintes de lipoedème rapportent de nombreux symptômes gynécologiques et des diagnostics de SMOP ou d'endométriose.
Ce qui est étudié : de possibles recoupements hormonaux, métaboliques, inflammatoires, tissulaires et neuro-immunitaires.
Ce qui n'est pas démontré : une cause commune, un terrain biologique partagé, une augmentation certaine du risque ou un lien de cause à effet.
La bonne question n'est donc pas encore : « quel mécanisme commun explique tout ? » mais plutôt : quelles femmes cumulent ces lipoedème, endométriose et/ou SMOP, à quelle fréquence, et pourquoi ?
Sources vérifiées en août 2026.
Ici on explique, on ne diagnostique pas. Rien dans ce texte ne remplace l'avis d'un professionnel de santé. Personne chez equho ne peut se prononcer sur ton cas, et si quelque chose te concerne, c'est à un médecin qu'il faut le dire.
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Ce sur quoi ce texte s'appuie
Kruppa P, Crescenzi R, Faerber G, et coll. Lipedema World Alliance Delphi Consensus-Based Position Paper on the Definition and Management of Lipedema. Nature Communications. 2026. nature.com/articles/s41467-025-68232-z (consensus international Delphi)
Viana DPC, Invitti AL, Schor E. Lipedema in Women and Its Interrelationship with Endometriosis and Other Gynecologic Diseases: A Scoping Review. Biomedicines. 2026;14(1):122. pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12839153 (revue de portée, 25 études)
Patton L, Ricolfi L, Bortolon M, et coll. Observational Study on a Large Italian Population with Lipedema: Biochemical and Hormonal Profile, Anatomical and Clinical Evaluation, Self-Reported History. International Journal of Molecular Sciences. 2024;25(3):1599. mdpi.com/1422-0067/25/3/1599 (étude observationnelle rétrospective, 360 femmes)
Fiengo E, Sbarbati A. Comorbidities in lipedema: toward a systemic perspective. Clinical and Experimental Medicine. 2026;26:236. link.springer.com/article/10.1007/s10238-026-02157-9 (revue narrative)
Lüchinger JE, Pavicic E, Giachino CL, Stute P. Impact of hormones on lipedema development: a systematic literature review. Archives of Gynecology and Obstetrics. 2026;313:60. link.springer.com/article/10.1007/s00404-026-08318-1 (revue systématique, 15 publications)
Viana DPC, Oliveira TB, Invitti AL, Schor E. From Endometriosis to Lipedema: Toward a Neuroimmune Framework for Pain Amplification in Hormone-Sensitive Disorders. Biomedicines. 2026;14(7):1510. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42511984 (revue narrative et modèle hypothétique)
Teede HJ, et coll. Polyendocrine metabolic ovarian syndrome, the new name for polycystic ovary syndrome: a multistep global consensus process. The Lancet. 2026;407:2329-2339. sciencedirect.com (consensus international sur le changement de nom)
Haute Autorité de Santé. Actualisation de la place des différents examens d'imagerie pour le diagnostic d'endométriose. Mise à jour en 2025. has-sante.fr (recommandation de bonne pratique)
Assurance Maladie. Lipoedème : symptômes et diagnostic. 2025. ameli.fr (information institutionnelle)
Assurance Maladie. Endométriose : symptômes, diagnostic et évolution. 2026. ameli.fr (information institutionnelle)
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Qui écrit ici
Ce texte est écrit par Blandine, fondatrice d'equho®. Elle est elle-même concernée par un lipoedème et une endométriose, et a fondé equho parce qu'elle ne trouvait pas les informations qu'elle cherchait. Les sources sont lues avant la rédaction, et les incertitudes sont signalées lorsqu'elles existent. En savoir plus
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