On regarde ses cuisses et on se demande si c'est de la cellulite, comme beaucoup de femmes en ont, ou si c'est autre chose... Peut-être un lipoedème.
La cellulite, c'est quoi exactement ?
La cellulite désigne l'aspect capitonné de la peau, cette surface irrégulière qu'on décrit comme peau d'orange ou matelassée. Elle apparaît sur les cuisses, les fesses et les hanches, là où le tissu adipeux est le plus dense chez la femme. En vocabulaire médical elle porte plusieurs noms, dont lipodystrophie gynoïde.
Gabriel et coll., 2023
Sa mécanique tiendrait à l'architecture du tissu : chez la femme, les cloisons de collagène qui relient la peau aux couches profondes sont verticales, la graisse pousse entre elles, et la surface se creuse là où elles tirent.
Deux choses suffisent à la situer. Les estimations la placent chez 80 à 90 % des femmes après la puberté, quelle que soit leur corpulence, sans qu'aucune étude épidémiologique solide ne l'ait jamais mesurée.
Bass et Kaminer, 2020
Et la littérature dermatologique la décrit comme indolore (Gabriel et coll., 2023).
Le lipœdème, qu'est-ce que c'est ?
Le lipœdème est une maladie chronique du tissu adipeux situé sous la peau. Il touche presque exclusivement les femmes et se manifeste par une accumulation de graisse aux membres, bilatérale et symétrique, accompagnée de douleur.
Lipedema Foundation, Clinician's Guide.
Bien qu'on pourrait le croire, cette maladie est loin d'être une nouveauté. Deux médecins de la Mayo Clinic l'ont décrit dès 1940, et notaient déjà l'atteinte exclusivement féminine, le caractère symétrique et une gêne qu'ils disaient très pénible (Allen et Hines, 1940).
Sa définition, en revanche, ne fait l'objet d'un accord international que depuis janvier 2026. Soixante et onze spécialistes de dix-neuf pays se sont mis d'accord, phrase par phrase, sur ce qu'on peut dire du lipœdème aujourd'hui.
Kruppa et coll., 2026
Ce n'est pas une expérience, on a simplement demandé l'avis de certains médecins qui suivent ces patientes, et on a retenu les phrases sur lesquelles ils tombaient d'accord.
Ils s'accordent notamment sur un point qui lève une confusion fréquente : le lipœdème n'est pas une complication de l'obésité, c'est une maladie du tissu adipeux qui lui est propre, et une femme de corpulence normale peut être atteinte de lipoedème (Kruppa et coll., 2026).
Pourquoi confond-on le lipœdème avec la cellulite ?
Le seul point commun réel est l'aspect. Le tissu du lipœdème a une texture nodulaire qui donne le même capitonné que la cellulite, sur les mêmes zones (Clinician's Guide). Une photographie ne les distingue pas, ce qui fait de la recherche d'images le plus mauvais point de départ pour un diagnostic.
Mais il faut dire que la cellulite a longtemps été la seule explication disponible. Elle s'est imposée avec un vocabulaire, des produits et un secteur qui la nomme sans hésiter. Face à des jambes douloureuses, avoir un mot est plus supportable pour les femmes atteintes de lipoedème que n'en avoir aucun, même quand il est faux.
Quelle différence entre un lipœdème et une cellulite ?
La douleur
Dans une cohorte espagnole de 1 803 patientes suivies dans un institut spécialisé et diagnostiquées entre 2022 et 2024, 98,7 % rapportaient une douleur sur le trajet veineux interne de la cuisse (quand la pression ressentie lors d'un serrage de la cuisse devient insupportable).
Simarro et coll., 2025
Les ecchymoses
Elles apparaissent sans choc, ou après un contact qui n'aurait rien laissé à quelqu'un d'autre, et font partie de la description clinique de référence du lipœdème (Clinician's Guide). Elles n'ont aucun rapport avec l'aspect de la peau, ce qui les rend utiles dans le diagnostic du lipoedème.
La répartition
L'accumulation touche les membres et épargne les pieds et les mains, ce qui produit une démarcation nette à la cheville ou au poignet, comme une manchette (Clinician's Guide). Les jambes sont presque toujours concernées, mais les bras le peuvent aussi - l'idée répandue d'un lipoedème limité au bas du corps est inexacte.
Est-ce que la cellulite "fibreuse" est du lipoedème ?
On a déjà toutes entendu qu'il existait plusieurs cellulites : aqueuse, adipeuse et fibreuse. La cellulite fibreuse étant reconnue comme la plus dure et la plus douloureuse.
Il est important de noter que cette classification de la cellulite ne se retrouve pas dans les revues médicales qui lui sont consacrées. Ces revues médicales la décrivent comme une entité unique et la qualifient d'indolore (Gabriel et coll., 2023). Cette répartition en trois types est spécifique aux contenus de marques (majoritairement en cosmétique), aux compléments minceur et aux instituts de soin, où elle remplit une fonction bien précise : orienter la cliente vers un soin adapté à son type de cellulite pour justifier une prestation ou un achat souvent onéreux...
La cellulite dite "fibreuse", bien qu'étant surtout un terme commercial, pourrait être du lipoedème, car ils peuvent avoir en commun une douleur à la pression. Mais comme seul symptôme, elle ne suffit pas à affirmer la présence d'un lipoedème.
Quel examen permet de trancher ?
Aucun, et c'est le point le plus difficile à entendre. Il n'existe ni prise de sang, ni marqueur biologique, ni imagerie qui confirme un lipœdème (Clinician's Guide). La feuille de route de recherche publiée en 2023 place l'absence de biomarqueur et l'absence de critères diagnostiques partagés en tête des lacunes du domaine.
Lipedema Foundation, 2023
Le diagnostic repose donc sur deux choses, l'interrogatoire et l'examen clinique. L'interrogatoire, ce sont les questions que le médecin pose : depuis quand, à quel moment de la vie ça a commencé, est-ce que ça fait mal, est-ce que d'autres femmes de la famille ont les mêmes jambes. L'examen clinique, c'est ce qu'il constate lui-même en regardant et en palpant, sans aucun appareil : la forme des membres, la texture du tissu sous les doigts, la démarcation aux chevilles, la réaction à la pression. Ce qui fait le diagnostic, autrement dit, c'est un récit et une paire de mains.
Un examen normal n'écarte donc rien, puisqu'aucun examen n'est censé montrer quoi que ce soit. Certains spécialistes pourraient te demander de passer un "doppler". Un examen devenu assez courant dans ce parcours médical. Pourtant, dans la cohorte espagnole, l'échographie doppler ne retrouvait une atteinte de la veine saphène que chez 46 des 538 femmes explorées, alors que la quasi-totalité avait mal (Simarro et coll., 2025). Donc gardons à l'esprit qu'un bilan veineux rassurant et des jambes douloureuses ne sont pas forcément contradictoires.
Pourquoi le diagnostic tarde autant ?
Le retard est massif, et il est mesuré. Dans la même cohorte espagnole, plus de 40 % des patientes se trouvaient déjà à un stade avancé au moment du diagnostic (Simarro et coll., 2025).
L'explication tient dans ce qui précède.
Si le diagnostic repose sur un récit et une paire de mains, tout dépend de la formation de cette paire de mains. Or la maladie n'a reçu sa définition internationale qu'en 2026, quatre-vingt-six ans après sa première description, et aucun spécialiste français n'a pris part à ce vote. Très peu de médecins ont été formés à reconnaître cette maladie.
Ce retard n'est pas anodin, et c'est même le seul point sur lequel les spécialistes se sont tous accordés, sans exception : un diagnostic manqué ou retardé aggrave les symptômes, la santé mentale et la qualité de vie (Kruppa et coll., 2026).
Il a aussi un coût très concret. Tant que rien n'est nommé, la réponse reçue est presque toujours la même, manger moins et bouger plus. Or les spécialistes s'accordent à 93 % sur le fait que ce tissu résiste largement aux régimes.
Ce que tu peux noter avant d'en parler à un médecin
Rien de ce qui précède ne permet de se diagnostiquer soi-même. Puisque le diagnostic repose sur un récit, autant que le tien soit précis et clair une fois assise dans le cabinet de ton médecin. Ce que tu peux dire et décrire :
- L'âge auquel tes jambes ont changé, et ce qui se passait à ce moment-là : puberté, grossesse, début ou arrêt d'une contraception, périménopause
- Ce que fait la douleur : quand elle vient, au repos ou à la pression, et ce qui la modifie dans la journée
- Les ecchymoses : où elles apparaissent, à quelle fréquence, et si un choc les explique
- Ce que tu as déjà tenté, et ce que ça a donné en poids et en volume de tes jambes, séparément
- Les autres femmes de ta famille dont les jambes ont la même forme
- Les examens déjà faits et leur résultat, y compris quand il était normal
Cette liste ne conclut rien mais elle donne à ton médecin la matière dont il peut avoir besoin pour t'accompagner dans ton parcours et pour établir un diagnostic.
Donc soit précise, note tout ce que tu peux. Et surtout : parles-en.
Ici on explique, on ne diagnostique pas. Rien dans ce texte ne remplace l'avis d'un professionnel de santé. Personne chez equho ne peut se prononcer sur ton cas, et si quelque chose te concerne, c'est à un médecin qu'il faut le dire.
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Ce sur quoi ce texte s'appuie
Gabriel A, Chan V, Caldarella M, Wayne T, O'Rorke E. Cellulite: Current Understanding and Treatment. Aesthetic Surgery Journal Open Forum. 2023;5:ojad050. doi:10.1093/asjof/ojad050 (revue narrative)
Bass LS, Kaminer MS. Insights Into the Pathophysiology of Cellulite: A Review. Dermatologic Surgery. 2020;46(Suppl 1):S77-S85. doi:10.1097/DSS.0000000000002388 (revue narrative). Les deux auteurs déclarent des liens d'intérêt avec un laboratoire qui commercialise un traitement de la cellulite.
Kruppa P, Crescenzi R, Faerber G, et coll. Lipedema World Alliance Delphi Consensus-Based Position Paper on the Definition and Management of Lipedema. Nature Communications. 2026;17:427. doi:10.1038/s41467-025-68232-z (consensus d'experts)
Simarro JL, Michelini S, Andrés-Gasco M, et coll. Clinical Signs at Diagnosis and Comorbidities in a Large Cohort of Patients with Lipedema in Spain. Biomedicines. 2025;13(12):3049. doi:10.3390/biomedicines13123049 (étude observationnelle)
Lipedema Foundation. Clinician's Guide to Lipedema, version 2 - november 2024. lipedema.org/clinicians-guide (guide clinique)
Lipedema Foundation. Lipedema Research Roadmap, 2023. lipedema.org/roadmap (rapport de programmation de recherche)
Allen EV, Hines EA. Lipedema of the legs : a syndrome characterized by fat legs and orthostatic edema. Proceedings of the Staff Meetings of the Mayo Clinic. 1940;15:184-187. Pas de version en ligne. (description clinique princeps)
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Qui écrit ici
Je m'appelle Blandine. J'ai un lipoedème et une endométriose, et j'ai fondé equho® parce que je ne trouvais pas ce que je cherchais. Je lis les sources avant d'écrire, et je dis quand on ne sait pas. En savoir plus
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