Bromelaine et inflammation : que dit la science ?

 

L’inflammation est une réaction normale de l’organisme. Elle intervient lorsque nos tissus doivent répondre à une agression, une infection ou une blessure. Mais lorsqu’elle dure ou devient trop intense, elle peut aussi contribuer à différents troubles.

C’est dans ce contexte que la bromélaïne attire l’attention des chercheurs...

 

Sur internet, elle est souvent présentée comme un anti-inflammatoire naturel. La réalité scientifique est plus nuancée. Des effets intéressants ont été observés en laboratoire et dans certains essais cliniques, mais les résultats ne permettent pas encore de lui attribuer une action anti-inflammatoire générale.

Alors, qu’est-ce que la bromélaïne ? Pourquoi parle-t-on autant de son action sur les cytokines, et que nous montrent réellement les études ?

 

La bromélaïne, bien plus qu’un simple extrait d’ananas

 

La bromélaïne, parfois appelée broméline, est naturellement présente dans l’ananas. Contrairement à ce que son nom au singulier peut laisser penser, il ne s’agit pas d’une seule molécule. Le terme désigne un ensemble d’enzymes capables de découper les protéines en fragments plus petits.

On parle d’enzymes protéolytiques. Elles sont présentes dans le fruit, mais la bromélaïne utilisée dans les compléments alimentaires est généralement extraite de la tige de l’ananas, où son activité est plus concentrée.

Cette précision est importante. Manger de l’ananas et consommer un extrait standardisé en bromélaïne ne revient pas au même. La quantité d’enzymes, leur activité et leur stabilité sont différentes.

La quantité en milligrammes ne suffit d’ailleurs pas toujours à comparer deux extraits. Leur activité enzymatique peut aussi être exprimée en GDU ou en FIP. Ces unités indiquent leur capacité à dégrader les protéines dans des conditions définies. Deux extraits affichant le même poids peuvent donc présenter une activité différente.

Sur une étiquette, on peut par exemple lire « bromélaïne 500 mg, titrée à 2 400 GDU/g ». Une gélule contient alors 0,5 g de bromélaïne, soit une activité enzymatique annoncée de 1 200 GDU. Un autre produit pourrait apporter seulement 250 mg, mais avec un extrait titré à 5 000 GDU/g, soit 1 250 GDU par gélule. Il contiendrait deux fois moins de matière, mais afficherait une activité enzymatique comparable.

À l’inverse, lorsqu’une étiquette indique uniquement une quantité en milligrammes sans préciser l’activité enzymatique, il est impossible d’évaluer ce point. Et un nombre de GDU plus élevé ne démontre pas, à lui seul, un meilleur effet sur la santé : il décrit une activité mesurée en laboratoire, pas un bénéfice clinique.

Cette capacité à agir sur les protéines explique l’intérêt porté à la bromélaïne. Les chercheurs ne l’étudient pas seulement pour son rôle enzymatique. Ils cherchent aussi à comprendre ses interactions possibles avec certains messagers de l’inflammation.

 

Pourquoi la bromélaïne intéresse-t-elle les chercheurs ?


Pour coordonner une réponse inflammatoire, les cellules communiquent entre elles grâce à de petites protéines appelées cytokines. Certaines favorisent l’inflammation lorsqu’une réponse est nécessaire. D’autres participent à son contrôle.

Parmi les cytokines les plus étudiées figurent l’IL-1β, l’IL-6 et le TNF-α. Leur présence n’est pas mauvaise en soi. Elles jouent un rôle utile dans les défenses de l’organisme. C’est leur production excessive ou prolongée qui peut devenir problématique.

Une revue systématique publiée en 2025 a rassemblé les études menées sur différentes lignées cellulaires. Dans ces modèles de laboratoire, les chercheurs ont observé une diminution de la sécrétion d’IL-1β, d’IL-6 et de TNF-α lorsque les cellules immunitaires avaient été préalablement stimulées. D’autres effets ont également été étudiés, notamment sur les prostaglandines et sur l’activité de certaines cellules de l’immunité.

Autrement dit, dans des conditions expérimentales précises, la bromélaïne semble pouvoir modifier certains signaux associés à la réponse inflammatoire.


Attention, une observation n’équivaut pas à affirmer que la bromélaïne réduit l’inflammation chez toute personne qui la consomme.

Une étude cellulaire permet d’explorer un mécanisme. Elle aide à comprendre comment une substance pourrait fonctionner et à préparer de futures recherches. Elle ne reproduit cependant pas toute la complexité du corps humain. L’absorption digestive, la dose utilisée, la durée de consommation et l’état de santé de chaque personne peuvent modifier les résultats.

Les observations sur les cytokines constituent donc une piste scientifique sérieuse. Elles expliquent l’intérêt croissant pour la bromélaïne, mais elles doivent être confrontées aux essais réalisés chez l’être humain.

 

Que montrent les études chez l’être humain ?


 Une revue systématique publiée en 2023 n’a retenu que sept essais randomisés parmi 1 375 publications.

Ce petit nombre n’est pas la seule difficulté. Les études portaient sur des personnes différentes, avec des doses et des durées très variables. Certaines évaluaient la bromélaïne seule, tandis que d’autres l’associaient à plusieurs substances.

Quelques essais ont observé une évolution de certains marqueurs de l’inflammation, mais ces résultats n’étaient pas constants. Les chercheurs n’ont donc pas pu établir un effet général ni déterminer une dose de référence.

Une seconde revue publiée en 2023 a relevé un signal modeste sur la douleur dans certains contextes. Là encore, les résultats dépendaient beaucoup de l’usage et de la forme étudiés. Un produit enzymatique appliqué sur une brûlure par une équipe médicale, par exemple, ne peut pas être comparé à un complément pris par voie orale.

Les études chez l’être humain montrent donc quelques pistes intéressantes, mais pas encore de conclusion applicable à toutes les situations. Des essais plus comparables restent nécessaires.

 

Ce qu’il faut retenir sur la bromélaïne


La bromélaïne est une enzyme étudiée pour ses interactions possibles avec plusieurs messagers de l’inflammation. Dans des modèles cellulaires, des chercheurs ont observé des modifications de certaines cytokines.

Chez l’être humain, les résultats sont plus variables. La piste est intéressante, mais elle demande encore des études plus solides et plus comparables.

 

* * *

Ce sur quoi ce texte s'appuie

Nobre TA et coll. Bromelain as a natural anti-inflammatory drug: a systematic review. Natural
Product Research, 2025.

Pereira IC et coll. Bromelain supplementation and inflammatory markers: A systematic review of clinical trials. Clinical Nutrition ESPEN, 2023. 

Leelakanok N et coll. « Efficacy and safety of bromelain: A systematic review and meta-analysis ». Nutrition and Health, 2023.

Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Étiquetage, présentation et publicité des compléments alimentaires : les règles à connaître, mise à jour en 2025.

Commission européenne. Registre européen des allégations de santé, consulté en août 2026.

 

* * *

Qui écrit ici

Je m'appelle Blandine. J'ai un lipoedème et une endométriose, et j'ai fondé equho® parce que je ne trouvais pas ce que je cherchais. Je lis les sources avant d'écrire, et je dis quand on ne sait pas. En savoir plus

 

Crédit photo : Canva