La recherche commence à mieux comprendre ces mécanismes. Et ils pourraient éclairer autrement certains symptômes observés dans le lipoedème, mais aussi dans d'autres maladies chroniques.
Le tissu conjonctif, c'est quoi exactement ?
Le tissu conjonctif est la trame qui soutient et relie les structures du corps : la peau, les tendons, les ligaments, mais aussi l'enveloppe de chaque organe. Cette trame peut aussi se manifester par des articulations très souples, des chevilles qui se tordent facilement ou des bleus qui apparaissent sans raison évidente...
Ici, c'est surtout le tissu conjonctif qui entoure et structure la graisse située sous la peau qui nous intéresse. Pour comprendre ce qui s'y passe, trois termes suffisent :
- La matrice extracellulaire est le milieu dans lequel reposent les cellules, un gel dense composé notamment de fibres et d'eau.
- Le collagène en est la principale fibre de résistance.
- Les fibroblastes, eux, fabriquent cette matrice et participent à son entretien.
Avec ces trois notions en tête, l'essentiel de la suite devient beaucoup plus simple à comprendre. C'est sur cette trame que les hormones et l'inflammation vont ensuite agir.
Pourquoi les hormones agissent-elles sur le tissu conjonctif ?
Plusieurs hormones agissent sur le tissu conjonctif, notamment les oestrogènes, la progestérone et les hormones thyroïdiennes. La recherche étant bien plus fournie sur les oestrogènes, c'est surtout d'eux qu'il sera question ici. Ils participeraient au renouvellement du tissu conjonctif en stimulant la fabrication du collagène et de l'élastine, tout en freinant certaines enzymes qui dégradent la matrice. Lorsque ce système fonctionne normalement, les oestrogènes contribuent donc à l'équilibre du tissu conjonctif.
Wang et coll., 2026
Dans le lipoedème, la question est justement de savoir si cet équilibre fonctionne de la même manière. Plusieurs travaux suggèrent une perturbation de l'action des oestrogènes ou de leurs récepteurs, mais les mécanismes restent encore mal compris.
Deux situations mieux documentées permettent toutefois de voir ce que les oestrogènes peuvent normalement faire au tissu conjonctif. À la ménopause, leur chute s'accompagne d'une perte de collagène dans la peau.
Viscomi et coll., 2025
Le relâchement du plancher pelvien répondrait à une logique comparable, avec un dérèglement de l'action des oestrogènes sur les cellules et une dégradation de la matrice. Wang et coll., 2026
Même tissu, même hormone, mais à différents endroits du corps.
Que se passe-t-il quand le tissu conjonctif s'enflamme ?
Une inflammation passagère est utile. Elle nettoie, répare, puis s'éteint. Son origine peut être très diverse et ce n'est pas ce qui nous intéresse ici. Ce qui compte pour comprendre la suite, c'est ce qui se passe lorsque cette inflammation persiste. Elle maintiendrait les fibroblastes en activité permanente. Ceux-ci fabriqueraient alors trop de collagène : la trame s'épaissirait et le tissu perdrait sa souplesse. C'est ce que l'on appelle une fibrose : le tissu s'épaissit, se rigidifie et perd la souplesse qu'il devrait conserver.
Ernst et coll., 2026
C'est ici que la boucle se referme. Les oestrogènes n'agissent pas seulement sur la construction de la matrice ; ils modèrent aussi l'inflammation lorsqu'elle se prolonge (Wang et coll., 2026). Une même hormone agit donc sur les deux versants du mécanisme : celui qui bâtit la trame et celui qui l'abîme.
Dans le lipoedème, une inflammation qui n'est pas celle qu'on croit
Dans le lipoedème, l'hypothèse actuelle peut se résumer en une cascade. Les cellules graisseuses grossiraient au-delà de ce que leur réseau de vaisseaux parvient à irriguer, ce qui priverait certaines zones d'oxygène.
Ce manque pourrait déclencher une inflammation, activer les fibroblastes et favoriser progressivement une fibrose (Ernst et coll., 2026). L'enchaînement est plausible et cohérent avec ce que l'on observe dans les tissus, mais ce n'est pas encore une démonstration.
S'il se confirme, il pourrait aider à comprendre la douleur à la pression : un tissu atteint de fibrose ne réagit pas à la compression comme un tissu souple.
Une étude a également observé davantage de macrophages de type M2 dans le tissu du lipoedème. Les macrophages sont des cellules immunitaires qui, selon leur type, peuvent entretenir l'inflammation ou contribuer à l'apaiser.
Al-Ghadban et coll., 2021
Les M2 se situent plutôt du côté des pompiers. Cela complique donc l'idée d'une inflammation simplement comparable à celle de l'obésité. Ce résultat doit encore être confirmé, mais il suggère que l'inflammation du lipoedème pourrait ne pas avoir la même signature que celle du surpoids.
Endométriose et lipoedème : le même mécanisme ?
Rien de ce qui précède n'appartient exclusivement au lipoedème. Dans l'endométriose, un mécanisme comparable est décrit et beaucoup mieux documenté, notamment dans une revue systématique de 2024 rassemblant 142 travaux.
Des plaquettes et des macrophages activés produisent notamment des signaux capables de transformer les fibroblastes, qui déposent davantage de collagène et favorisent une fibrose autour des lésions. Cette rigidité du tissu pourrait elle-même participer à la douleur.
Human Reproduction Update, 2024
Le rapprochement entre les deux maladies n'est d'ailleurs plus une intuition isolée. Une revue de portée publiée en 2026 a cartographié vingt-cinq études sur leurs liens, et décrit un basculement récent du champ, d'une lecture centrée sur les vaisseaux et la lymphe vers une lecture hormonale et métabolique
Revue de portée, Biomedicines, 2026
Les auteurs posent eux-mêmes la limite : il serait prématuré de classer le lipoedème comme une manifestation d'endométriose. Les preuves restent indirectes, et les niveaux de certitude très inégaux d'une maladie à l'autre.
Les niveaux de preuve sont d'ailleurs très différents : solides dans l'endométriose, encore préliminaires dans le lipoedème. Il faut donc éviter de transposer directement les conclusions d'une maladie à l'autre. Ce rapprochement montre surtout que la douleur peut aussi être étudiée à travers la structure même des tissus et la manière dont une inflammation prolongée peut les transformer.
C'est probablement une piste importante pour les années qui viennent.
En savoir plus
Sources vérifiées en août 2026.
Ici on explique, on ne diagnostique pas. Rien dans ce texte ne remplace l'avis d'un professionnel de santé. Personne chez equho ne peut se prononcer sur ton cas, et si quelque chose te concerne, c'est à un médecin qu'il faut le dire.
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Ce sur quoi ce texte s'appuie
Wang Y, et coll. Multidimensional regulation of estrogen signaling in pelvic floor connective tissue homeostasis and remodeling. 2026. pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12872523 (revue narrative)
Viscomi B, et coll. Managing Menopausal Skin Changes: A Narrative Review of Skin Quality Changes, Their Aesthetic Impact, and the Actual Role of Hormone Replacement Therapy in Improvement. Journal of Cosmetic Dermatology. 2025. doi:10.1111/jocd.70393 (revue narrative)
Ernst AM, et coll. The role of extracellular vesicles in the context of (inter-)cellular communication contributing to adipose tissue dysfunction in lipedema. Frontiers in Cell and Developmental Biology. 2026. pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC13076351 (revue narrative)
Al-Ghadban S, et coll. A Distinct Cytokine Profile and Stromal Vascular Fraction Metabolic Status without Significant Changes in the Lipid Composition Characterizes Lipedema. 2021. ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC8036495 (étude expérimentale)
Pouwels S, et coll. Lipedema and Hypermobility Spectrum Disorders Sharing Pathophysiology: A Cross-Sectional Observational Study. Journal of Clinical Medicine. 2025;14:7195. doi.org/10.3390/jcm14207195 (étude observationnelle transversale)
Beltran K, et coll. Comorbidities in lipedema : toward a systemic perspective, a narrative review. Clinical and Experimental Medicine. 2026. doi:10.1007/s10238-026-02157-9 (revue narrative)
Lüchinger JE, Pavicic E, Giachino CL, Stute P. Impact of hormones on lipedema development : a systematic literature review. Archives of Gynecology and Obstetrics. 2026;313:60. doi.org/10.1007/s00404-026-08318-1 (revue systématique, 15 publications retenues)
Lipedema in Women and Its Interrelationship with Endometriosis and Other Gynecologic Diseases : A Scoping Review. Biomedicines. 2026;14(1):122. mdpi.com/2227-9059/14/1/122 (revue de portée, 25 études)
Simarro JL, Michelini S, Andrés-Gasco M, et coll. Clinical Signs at Diagnosis and Comorbidities in a Large Cohort of Patients with Lipedema in Spain. Biomedicines. 2025;13(12):3049. doi:10.3390/biomedicines13123049 (étude observationnelle)
The role of fibrosis in endometriosis: a systematic review. Human Reproduction Update. 2024;30(6):706. academic.oup.com/humupd/article/30/6/706 (revue systématique, 142 travaux)
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Qui écrit ici
Je m'appelle Blandine. J'ai un lipoedème et une endométriose, et j'ai fondé equho® parce que je ne trouvais pas ce que je cherchais. Je lis les sources avant d'écrire, et je dis quand on ne sait pas. En savoir plus
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